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F-35: avant que ce ne soit (vraiment) trop tard…

Paolo Gilardi, 2 juin 2026

Un bras de fer silencieux se joue autour des F-35. Et dont l’issue pourrait ouvrir la porte à 31 milliards de dépenses militaires et 40 avions de plus. Explications…

Les sondages ne se dédisent pas : ils confirment que quatre citoyen.ne.s sur cinq désapprouvent l’achat des bombardiers furtifs F-35, tout comme, selon la presse alémanique, six conseillers fédéraux sur sept .

Pourtant…

Alors qu’en septembre 2025 il n’excluait pas la possibilité « d’un nouveau vote » sur le F-35, le Conseiller Fédéral Martin Pfister est désormais le paladin de la hiérarchie militaire dans le contentieux qui l’oppose à la majorité de la population.

Sourd aux révélations sur une procédure de sélection biaisée -dont les critères ne seront enfin rendus publics que sur ordre du Tribunal fédéral-, silencieux sur les « cachotteries » qui ont coûté la carrière à Viola Amherd et imperturbable face à la crise au sein des sommets de l’armée, Pfister, bien droit dans ses godillots, fonce.

Il sait que s’il arrive à imposer l’acquisition des jets américains dans ce contexte, c’est sa fonction de ministre des armées qu’il renforce, y compris face à ses collègues menés par le bout du nez par celle qui l’a précédé.

En fin de compte, c’est le rôle de l’armée qu’il réaffirme, véritable Etat dans l’Etat au dessus de l’opinion des majorités.

C’est l’enjeu de ce bras de fer qui reste toutefois circonscrit aux cénacles « autorisés », et pour cause !

Si en 2022…

Au lendemain de l’agression contre l’Ukraine, l’alors cheffe du DDPS, Mme Amherd, avait sommé le GssA de retirer l’initiative qui venait d’aboutir « Stop au F-35 ! ». Ponctuellement, quelques mois plus tard, le comité d’initative obtemperait malgré les 133’000 signatures valables et sans que celles et ceux qui les avaient récoltées soient consultées.

Or, à la lumière de la succession d’évènements depuis 2022, ce retrait s’est avéré fatal ! Imagine-t-on seulement ce qu’aurait donné une campagne de votation sachant que le coût fixe ne l’a jamais été, que les mesures de bruit ont été biaisées, que le fabricant détiendra en dernier recours le contrôle sur la possibilité de décollage ? Sans parler de l’indécence d’acheter des armes à un pays coupable d’une guerre illégale, celle contre l’Iran !1

Hélas, cette opportunité fait défaut. Ce n’est pas pour autant la fin de l’affaire: une nouvelle initiative, la même que celle retirée en septembre 2022 a été lancée malgreé la farouche opposition de la part des fonctionnaires du GsoA.

Pas d’effet suspensif, mais…

Certes, une initiative n’a pas d’effet suspensif, mais elle reste la dernière carte dont nous disposons, à moins que -oh rêve sublime!- partis de gauche et syndicats lancent une grève générale pour empêcher l’achat de cet avion Otancompatible…

À défaut d’autres moyens l’initiative est le seul qui nous reste. En 1992, lors de la campagne contre les FA-18, Kaspar Villiger, chef de l’alors DMF, avait suspendu la procédure d’acquisition en attendant l’issue de l’initiative STOP FA-18 alors en cours de récolte des signatures.

Une décision politique que Martin Pfister ne veut surtout plus envisager.

C’est pour cela qu’un engagement large pour la récolte de signatures peut et doit être un levier pour sortir le bras de fer en cours du silence ouaté dans lequel il se déroule et revendiquer au nom du fonctionnement des droits populaires, la suspension de la procédure.

Trop tard ?

D’aucuns prétendent qu’il est « trop tard puisque un contrat a été signé ». La résiliation d’un contrat n’est pas un vue de l’esprit, mais un recours possible. D’ailleurs, les USA ont eux-même quelque peine à honorer les engagements puisque des missiles Patriot qu’ils s’étaient engagés à livrer à la Suisse ne le sont toujours pas, raison pour laquelle le contrat a été … suspendu par la Suisse.

De plus, il est faux d’affirmer qu’un contrat a été signé : en 2022, c’est une déclaration d’intention d’achat du F-35 qui a été signée : elle doit être confirmée par des contrats séparés concernant des lots d’avions. Ansi, le seul vrai contrat signé l’a été en avril dernier et porte sur huit jets.

C’est pour ces huit que la Suisse a commencé à payer des sommes que le gouvernement des USA détourne au profit du contrat -suspendu- des Patriot , mais pour aucun autre. Et c’est ces autres contrats qu’une mobilisation large autour de l’initiaitive pourrait empêcher.

Pour autant que de plus en plus de monde s’engage en faveur de l’initiative pour faire valoir, dans le bras de fer, un autre poids et éviter aux militaires la victoire par forfait -faute d’adversaire- qui ne ferait qu’encourager leurs appétits à 40 avions de plus et 31 milliards de francs.

Et ceci, dans un pays qui peine à trouver l’argent pour la 13ème rente AVS.

https://Association citoyenne contre les F-35

1Songeons aux protestations qu’aurait suscitées, après février 2022, la volonté d’honorer un contrat préalablement signé avec la Russie de Poutine qui venait de s’illustrer avec son « opération spéciale » en Ukraine…

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