Iran: AZADI! AZADI!
P. Gilardi, 18 janvier 2026
C’est par « un massacre à huis clos » (Médiapart), sans regard extérieur –Internet a été coupé- que le pouvoir iranien semble avoir repris le contrôle de la situation après deux semaines de contestation massive dans 111 villes et villages des 31 provinces du pays. Mais, cela ne sonne pas le glas de la révolte…
« Ce soir, c’est la guerre »
« Si les jeunes ne pensent pas comme ils devraient […] ne les laissez pas sortir. S’ils prennent une balle, ne venez pas vous plaindre. Ce soir, c’est la guerre ». C’est ainsi que le porte parole de Khamenei, s’adressait au peuple le 8 janvier.
Deux semaines plus tard, les morts se comptent par milliers et les pashdaran font régner la terreur.
Depuis Téheran, une infirmière écrit « dans mon hôpital on ne sait plus que faire des blessés, nous n’avons plus de place pour les accueillir » (HRAI – Human right activist in Iran).
A Karaj, ville proche de la capitale « les forces de sécurité auraient même encerclé les hôpitaux, emmené les blessé.e.s […] et tiré sur des manifestants blessés incapables de se déplacer » (Mediapart, 14.01). Puisque « c’est la guerre », la barbarie n’a pas de limites.
Elle s’accompagne d’une propagande qui -vociférations de Trump à l’appui- présente la révolte comme une conspiration extérieure, de la même manière que le faisait le shah en 1979, avant d’être renversé par le soulèvement de février.
Sous les cendres, la révolte
L’analogie est pertinente. Comme alors, la révolte a des racines profondes dans la société iranienne.
La chute des prix du pétrole -20% du PIB pour la production directe, mais presque 80% avec les activités annexes- et une inflation galopante -le rial a perdu, en 2025, 75% de sa valeur- font des ravages dans ce pays dont un habitant sur quatre vit avec moins de 7 dollars par jour.
Après la révolte de 2022, le régime avait pu garantir un certain calme grâce à des programmes destinés à relancer la consommation interne. En 2024 déjà, vue la chute du cours du brut, il y a mis fin.
A l’insatisfaction des couches populaires, vient ainsi s’ajouter celle du bazar, victime du mix inflation-austérité, et qui prive à son tour les mollahs de son soutien.
Dès lors, même si les temps restent à définir, la chute du régime est programmée, car, sous les cendres, la révolte couve toujours.
Saut dans le passé ?
La presse ne cesse de promouvoir une option, celle souhaitée par Washington et Tel Aviv : confier la transition a Reza Pahlavi, le fils du shah renversé en 1979.
Cet homme de 65 ans s’est déclaré « prêt à accepter ses responsabilités […] en tant que Roi légal d’Iran » et soutient les forces armées et « la base des gardiens de la révolution » (Euronews, 11.01).
Mais, la légalité de Roi d’Iran qu’il revendique trouve naissance dans le coup d’Etat perpétré par son père contre Mouhammad Mossadegh – « coupable » d’avoir nationalisé le pétrole- en 1953 avec le soutien des services secrets anglais.
C’est avec le soutien des services de sa Majesté et de la CIA que Mohammad Reza Pahlavi a créé la Savak, redoutable police politique -dont des agents étaient formés à la Haute école d’études internationales, HEI, à Genève- et que la dictature religieuse a intégré à son appareil répressif.
Avec son fils, c’est un saut dans le passé qu’on propose à l’Iran.
Plus de la moitié de la population n’a pas connu le régime des Pahlavi : il est donc important de rappeler que la révolution de 1979 ne fut en aucun cas celle de « l’obscurantisme contre un monarque éclairé », mais celle d’un peuple qui, comme aujourd’hui, criait, et pour cause, « Azadi ! Azadi ! ».

